Une sensation de sable dans les yeux, des picotements au réveil, puis cette vue floue qui apparaît par moments devant l’écran ou en fin de journée : le tableau est fréquent, mais rarement anodin. Derrière ces signes se cache souvent une sécheresse oculaire, c’est-à-dire un déséquilibre du film lacrymal qui protège normalement la surface de l’œil. Lorsque ce film devient trop pauvre, trop instable ou s’évapore trop vite, l’œil perd en confort et la vision en netteté. Ce phénomène touche autant les seniors que les actifs très exposés aux écrans, les porteurs de lentilles ou les personnes vivant dans des environnements secs, chauffés ou climatisés.
Ce trouble n’évoque pas seulement des yeux secs. Il peut aussi entraîner une fatigue oculaire, des rougeurs, un larmoiement paradoxal, une sensibilité à la lumière et parfois une impression de brouillard visuel difficile à expliquer. Concrètement, beaucoup pensent à tort qu’un œil qui pleure ne peut pas être sec. Or c’est souvent l’inverse : l’œil irrité se défend mal et produit des larmes de mauvaise qualité. Comprendre les causes yeux secs permet alors de mieux orienter les solutions yeux secs, depuis les gestes simples du quotidien jusqu’au recours à un ophtalmologiste lorsque la gêne persiste ou s’aggrave.
- Les yeux secs ne correspondent pas toujours à un manque de larmes : il peut aussi s’agir d’une évaporation trop rapide.
- Une vue floue fluctuante, surtout sur écran ou en fin de journée, peut être liée à l’irrégularité du film lacrymal.
- La cause la plus fréquente est le dysfonctionnement des glandes de Meibomius, situées dans les paupières.
- Le vieillissement, les lentilles, certains médicaments, la ménopause, la pollution et la climatisation peuvent aggraver la situation.
- Les larmes artificielles, l’hygiène palpébrale et l’adaptation de l’environnement font partie des premiers soins des yeux.
- Une baisse visuelle rapide, une douleur importante, une conjonctivite ou une suspicion d’infection imposent un avis médical.
Yeux secs et vue floue : pourquoi ces symptômes vont souvent ensemble
Lorsqu’un patient décrit des problèmes de vision intermittents associés à une gêne oculaire, la première piste évoquée est souvent celle d’un défaut optique mal corrigé. Pourtant, une cause bien plus fréquente se trouve à la surface même de l’œil. Le film lacrymal forme en effet la première interface optique de la vision. S’il est stable, la lumière se répartit correctement sur la cornée. S’il se rompt trop vite, la surface devient irrégulière et l’image perd en précision. Voilà pourquoi la vue floue liée à la sécheresse oculaire a souvent un caractère variable : nette après un clignement, moins bonne quelques secondes plus tard.
Le film lacrymal n’est pas un simple voile d’eau. Il associe une couche lipidique externe, fabriquée par les glandes de Meibomius, une couche aqueuse centrale produite par les glandes lacrymales, et une couche mucinique interne qui permet aux larmes d’adhérer correctement à la cornée. Lorsque l’une de ces trois composantes se dérègle, tout l’équilibre se fragilise. L’œil peut alors brûler, piquer, rougir ou donner l’impression d’être poussiéreux. Ce n’est pas seulement inconfortable : c’est aussi un facteur direct de vision fluctuante.
Imaginons une journée classique. Le matin, la vision semble correcte. Puis viennent plusieurs heures sur ordinateur, quelques appels en visio, un bureau chauffé en hiver ou climatisé en été. Le clignement devient moins fréquent, l’évaporation augmente et le film lacrymal se fragmente. La personne ressent soudain une gêne diffuse, essuie ses yeux, cligne plus fort, voit un peu mieux, puis le flou revient. Ce schéma est typique. Il ne signifie pas forcément une maladie grave, mais il mérite attention, surtout s’il devient chronique.
Un autre point trouble souvent les patients : un œil sec peut pleurer. Ce larmoiement réflexe survient quand la surface oculaire irritée déclenche une sécrétion de défense. Le problème est que ces larmes d’urgence protègent mal durablement. Elles n’ont pas la qualité suffisante pour stabiliser la cornée. Résultat : la sensation d’inconfort persiste, avec parfois des épisodes de brouillard visuel qui inquiètent à juste titre.
La définition moderne du syndrome de l’œil sec insiste sur sa nature multifactorielle et chronique. Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’humidité, mais d’une atteinte de la surface oculaire et des larmes, avec retentissement fonctionnel réel. En pratique, les signes les plus classiques sont les suivants :
- picotements ou brûlures ;
- sensation de grains de sable ;
- rougeur oculaire ;
- fatigue oculaire en lecture ou sur écran ;
- vision fluctuante, parfois décrite comme un voile ;
- larmoiement paradoxal ;
- sensibilité à la lumière ;
- paupières collées ou inconfort au réveil.
Il faut aussi distinguer la sécheresse occasionnelle de la sécheresse installée. Après un long trajet en voiture, une nuit courte ou une journée venteuse, tout le monde peut ressentir une irritation passagère. Mais quand les symptômes reviennent plusieurs fois par semaine, durent, perturbent le travail ou la lecture, il ne s’agit plus d’un simple épisode. La surface de l’œil peut alors entrer dans un cercle vicieux inflammatoire qui entretient la gêne.
Cette relation entre yeux secs et vision brouillée a une logique simple : un œil confortable voit souvent mieux, parce que sa surface est régulière. À l’inverse, un œil mal lubrifié fatigue plus vite et transmet une image moins stable. Reconnaître cette mécanique est déjà une première étape utile avant d’examiner les différentes causes.

Les causes yeux secs les plus fréquentes : déficit de larmes, évaporation et facteurs aggravants
Parler des causes yeux secs impose d’aller au-delà d’une explication unique. Dans la réalité clinique, plusieurs mécanismes s’additionnent souvent. Un patient âgé peut présenter une production aqueuse un peu réduite, une mauvaise qualité lipidique des larmes et un environnement défavorable. Une personne plus jeune, elle, peut surtout souffrir d’une évaporation excessive liée aux écrans et aux lentilles. C’est la raison pour laquelle il est préférable de raisonner en profils plutôt qu’en étiquettes trop rigides.
Le premier grand mécanisme est la sécheresse par déficit aqueux. Ici, les glandes lacrymales ne produisent pas assez de phase aqueuse. Le film devient trop mince et ne couvre plus correctement la cornée. Le vieillissement favorise cette situation, tout comme certaines maladies auto-immunes. Le syndrome de Sjögren est l’exemple le plus connu : il touche les glandes exocrines et peut réduire progressivement la sécrétion lacrymale. D’autres maladies systémiques, comme certaines connectivites, peuvent jouer un rôle. Des antécédents plus particuliers, comme une radiothérapie orbitaire, certaines infections virales ou des complications après greffe, peuvent aussi altérer les glandes.
Le second grand mécanisme, de loin le plus fréquent, est la sécheresse évaporative. Dans ce cas, les larmes existent, mais elles restent trop peu de temps à la surface de l’œil. Le responsable principal est souvent le dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Ces glandes, nombreuses dans les paupières, sécrètent un film gras très fin qui freine l’évaporation. Lorsqu’elles s’obstruent ou sécrètent un produit trop épais, trop rare ou de mauvaise qualité, la couche lipidique devient instable. L’œil se dessèche alors beaucoup plus vite, notamment quand le clignement est insuffisant.
Les chiffres classiquement rapportés en pratique montrent que la sécheresse purement aqueuse représente une minorité des cas. Les formes évaporatives pures ou mixtes dominent largement. Autrement dit, beaucoup de personnes pensent manquer de larmes alors que leur principal problème vient plutôt de la mauvaise tenue des larmes à la surface de l’œil.
Les facteurs aggravants sont nombreux et très actuels. Le travail prolongé sur écran tient une place majeure. Pourquoi ? Parce qu’en concentration, le clignement diminue en fréquence et en amplitude. Certaines personnes ferment même mal complètement les paupières. Résultat : le film lacrymal s’étale mal et s’évapore plus vite. Les open spaces climatisés, le chauffage, le vent, la pollution urbaine ou encore les voyages en avion accentuent encore cette tendance.
Le port de lentilles de contact mérite une attention particulière. Même bien adaptées, elles modifient l’équilibre du film lacrymal, augmentent les frottements et peuvent majorer l’inconfort chez les sujets sensibles. Un port prolongé, surtout dans un environnement sec ou devant un écran, suffit parfois à révéler une fragilité jusque-là discrète. De même, certains cosmétiques, démaquillants agressifs ou habitudes de frottement palpébral peuvent perturber la marge des paupières.
Les médicaments constituent un autre chapitre souvent sous-estimé. Certains antidépresseurs, antihistaminiques, bêtabloquants, anticholinergiques ou traitements hormonaux peuvent réduire la sécrétion ou modifier la qualité des larmes. Chez la femme, la ménopause s’accompagne parfois de modifications hormonales qui touchent les glandes de Meibomius. Quant à l’âge, il reste un déterminant majeur : la fréquence des troubles de la surface oculaire augmente nettement avec les années.
| Mécanisme | Ce qui se passe | Exemples fréquents | Effet sur la vision |
|---|---|---|---|
| Déficit aqueux | Pas assez de larmes produites | Âge, syndrome de Sjögren, certains médicaments | Flou, brûlures, gêne persistante |
| Évaporation excessive | Les larmes s’évaporent trop vite | Écrans, climatisation, dysfonction des glandes de Meibomius, lentilles | Vision fluctuante après quelques secondes |
| Atteinte mucinique | Les larmes adhèrent mal à la cornée | Inflammation chronique, carence en vitamine A, lésions conjonctivales | Surface irrégulière, image instable |
| Facteur neurosensoriel | Mauvaise régulation du clignement et de la sécrétion réflexe | Après chirurgie réfractive, diabète, hypersensibilité | Symptômes parfois très marqués, parfois peu corrélés aux signes visibles |
Il existe enfin des causes plus spécifiques, moins fréquentes mais importantes à connaître : atteinte des cellules qui produisent les mucines, brûlures chimiques anciennes, pathologies cicatricielles de la conjonctive, complications inflammatoires prolongées. Dans ces cas, la surface oculaire devient irrégulière et les larmes n’adhèrent plus correctement. Le message essentiel est clair : derrière un même symptôme, plusieurs mécanismes peuvent coexister, ce qui explique pourquoi un traitement standard ne suffit pas toujours.
Pour bien soulager des yeux secs, il faut donc comprendre si l’œil manque de larmes, les perd trop vite, ou cumule les deux. C’est ce tri qui oriente des soins plus pertinents.
Quand la cause paraît simple, la question du bon réflexe se pose immédiatement : faut-il attendre, mettre des gouttes, changer ses habitudes ou consulter ? C’est précisément ce qui fait la différence entre gêne banale et problème durable.
Quand la sécheresse oculaire doit faire consulter : signes d’alerte, examens et erreurs fréquentes
Une irritation légère après plusieurs heures d’écran ne justifie pas toujours une consultation immédiate. En revanche, certains signes méritent une évaluation sans tarder. Le premier est une baisse de vision rapide ou inhabituelle. Une vue floue liée au film lacrymal varie souvent avec le clignement ; si le trouble devient continu, un autre problème peut être en cause. La douleur importante, la photophobie marquée, un écoulement anormal, un œil très rouge d’un seul côté ou une gêne associée au port de lentilles sont également des motifs sérieux de consulter.
La frontière entre sécheresse et infection n’est pas toujours évidente pour le grand public. Une conjonctivite, une blépharite ou une kératite peuvent débuter par des signes proches : brûlure, rougeur, larmoiement, sensation de corps étranger. Pourtant, la prise en charge n’est pas la même. C’est pourquoi l’automédication répétée, surtout avec des collyres vasoconstricteurs ou des gouttes anciennes entamées depuis longtemps, n’est pas une bonne idée. Un œil rouge n’est pas un diagnostic.
En consultation, l’évaluation commence toujours par un interrogatoire précis. Depuis quand les symptômes sont-ils présents ? Sont-ils pires le matin ou le soir ? Sur écran, dehors, avec les lentilles ? Y a-t-il une bouche sèche, des douleurs articulaires, une rosacée, un traitement récent ? Ce dialogue compte énormément car il aide à distinguer les profils. Certains questionnaires standardisés, utilisés en pratique, permettent d’objectiver la fréquence et l’intensité de la gêne.
L’examen clinique recherche ensuite plusieurs éléments : qualité du clignement, état du bord libre des paupières, perméabilité des glandes de Meibomius, présence d’une inflammation, aspect de la cornée et de la conjonctive. Le spécialiste peut utiliser des colorants pour visualiser les zones de souffrance épithéliale, observer la rapidité de rupture du film lacrymal ou apprécier le volume lacrymal. Chez certains patients, des examens instrumentaux plus ciblés aident à mieux comprendre l’origine du trouble, notamment pour évaluer l’épaisseur de la couche lipidique et le fonctionnement des glandes palpébrales.
Les outils modernes ont amélioré l’analyse. L’interférométrie de surface, par exemple, apporte des informations sur la couche lipidique et la dynamique du clignement. Chez un sujet indemne, cette couche garde une certaine épaisseur protectrice ; dans les formes évaporatives, elle s’amincit nettement. D’autres appareils permettent d’observer l’anatomie des glandes de Meibomius ou de simuler la pression exercée au clignement pour tester la qualité de la sécrétion. Ces examens sont rapides, non invasifs et utiles surtout quand les symptômes durent malgré les mesures simples.
Une autre difficulté tient au décalage possible entre les plaintes et les signes visibles. Certaines personnes ressentent une gêne intense alors que l’examen paraît modéré. À l’inverse, d’autres présentent une surface oculaire très altérée avec relativement peu de plaintes. Ce paradoxe s’explique en partie par les mécanismes neurosensoriels. Après une chirurgie réfractive, chez un patient diabétique ou dans certaines kératopathies, la sensibilité cornéenne peut être modifiée. Dans d’autres cas, une hypersensibilité nerveuse amplifie les sensations douloureuses. Le ressenti du patient doit donc toujours être pris au sérieux.
Voici les situations dans lesquelles un avis ophtalmologique est particulièrement recommandé :
- vision qui baisse rapidement ou brouillard persistant ;
- douleur oculaire franche ou sensibilité intense à la lumière ;
- rougeur importante d’apparition récente ;
- symptômes malgré des larmes artificielles bien utilisées ;
- port de lentilles avec gêne inhabituelle ;
- antécédent de chirurgie oculaire ;
- suspicion de conjonctivite, de blépharite ou d’infection ;
- sécheresse associée à bouche sèche, douleurs articulaires ou maladie générale connue.
L’erreur la plus fréquente reste de banaliser des symptômes qui durent depuis des mois. L’autre écueil consiste à multiplier les gouttes au hasard sans s’occuper des paupières, du temps d’écran ou des facteurs déclenchants. Or l’œil sec est rarement un problème isolé. Il s’inscrit souvent dans un terrain, un mode de vie, une histoire médicale. Un examen bien conduit permet justement d’éviter les approximations et de choisir une prise en charge adaptée plutôt qu’un soulagement au coup par coup.
Une fois le mécanisme identifié, le traitement devient plus cohérent. Ce n’est pas seulement une question de collyre, mais de stratégie complète pour restaurer le confort visuel.

Solutions yeux secs : gestes quotidiens, larmes artificielles et hygiène des paupières
Les solutions yeux secs les plus efficaces sont souvent celles qui combinent régularité et logique physiologique. Il ne s’agit pas de masquer le problème pendant une heure, mais d’aider la surface oculaire à retrouver un meilleur équilibre. Pour beaucoup de patients, le premier levier repose sur les habitudes de vie. Cela peut sembler simple, presque trop simple. Pourtant, les changements de comportement modifient parfois nettement les symptômes en quelques semaines.
Le réflexe essentiel, surtout sur écran, consiste à réapprendre à cligner. Lorsqu’une personne lit attentivement ou travaille sur ordinateur, le clignement devient rare et incomplet. La surface de l’œil reste alors plus exposée, et la couche lipidique s’étale mal. En pratique, il est utile de faire des pauses visuelles régulières, de regarder au loin quelques secondes, et de fermer complètement les paupières plusieurs fois d’affilée. Placer le haut de l’écran légèrement sous le niveau des yeux aide aussi : l’ouverture palpébrale est alors un peu moindre, ce qui réduit l’évaporation.
L’environnement joue un rôle considérable. L’air sec, le chauffage soufflant, la climatisation, le vent direct d’une voiture ou d’un ventilateur fragilisent le film lacrymal. Humidifier l’air d’une pièce, aérer sans courant violent, éviter la fumée de tabac et protéger ses yeux à l’extérieur peuvent réellement améliorer le quotidien. Le simple fait de ne plus diriger l’air de la climatisation vers le visage change parfois la fin de journée d’un travailleur de bureau.
Les larmes artificielles occupent une place centrale dans les soins des yeux. Encore faut-il bien les choisir. Les formules sans conservateur sont généralement préférables en usage répété, car elles limitent les irritations de surface. Il existe des collyres plus hydratants, d’autres plus visqueux, d’autres encore enrichis pour mieux soutenir la composante lipidique. Chez certains patients, les unidoses sont particulièrement intéressantes. L’objectif n’est pas de prendre une goutte au hasard quand l’œil brûle, mais de trouver un rythme et une texture adaptés au profil de sécheresse.
Attention toutefois : les larmes artificielles n’ont pas la même efficacité selon le mécanisme en cause. Dans une sécheresse très évaporative due à des glandes de Meibomius dysfonctionnelles, elles soulagent parfois sans corriger vraiment la racine du problème. C’est là qu’intervient l’hygiène des paupières. Elle repose souvent sur des compresses chaudes appliquées quelques minutes, suivies d’un massage doux des paupières pour aider les glandes à exprimer leur sécrétion. Chez des patients réguliers, cette routine apporte un bénéfice tangible, notamment sur le confort du matin et la tolérance aux écrans.
Un exemple concret aide à comprendre. Une retraitée active qui lit beaucoup peut utiliser des gouttes plusieurs fois par jour sans amélioration durable. En consultation, on découvre des glandes de Meibomius épaissies, un clignement incomplet et une rosacée légère. Après quelques semaines de chaleur palpébrale, massage, collyre sans conservateur et aménagement de l’éclairage, les symptômes diminuent nettement. Le changement ne vient pas d’un produit miracle, mais d’une approche mieux ciblée.
Certains sprays oculaires ou palpébraux peuvent aussi apporter un soulagement, notamment lorsqu’ils associent agents hydratants et soutien lipidique. Ils trouvent leur place chez des personnes exposées à la pollution, au chlore, aux poussières ou à un usage prolongé des écrans. Là encore, il faut les envisager comme un appoint de confort, non comme une réponse universelle.
Parmi les gestes utiles au quotidien, plusieurs méritent d’être retenus :
- faire des pauses visuelles pendant le travail de près ;
- cligner volontairement et complètement plusieurs fois ;
- éviter de se frotter les yeux ;
- privilégier des collyres sans conservateur en cas d’usage fréquent ;
- réduire l’exposition au vent et à l’air sec ;
- nettoyer les paupières si le bord palpébral est enflammé ;
- revoir la tolérance des lentilles avec un professionnel si besoin ;
- vérifier les médicaments susceptibles d’aggraver la sécheresse avec le médecin prescripteur.
Il convient de rappeler qu’aucun de ces conseils ne remplace un examen lorsque les symptômes persistent, surtout en cas de problèmes de vision durables. Mais bien appliqués, ils peuvent limiter la spirale irritation-inflammation-irritation. Dans l’œil sec, la discipline vaut souvent mieux que l’improvisation, et c’est ce qui prépare le terrain aux options plus spécialisées.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, d’autres traitements ciblés peuvent être proposés, en particulier dans les formes évaporatives chroniques ou mixtes.
Traitements plus ciblés et prévention durable de la sécheresse oculaire
Quand les mesures de base et les larmes artificielles n’apportent qu’un soulagement partiel, la prise en charge peut être affinée. L’objectif n’est pas de promettre une guérison totale, car la sécheresse oculaire est souvent chronique, mais d’améliorer nettement le confort et la qualité visuelle. Les formes évaporatives liées aux glandes de Meibomius sont un bon exemple : si les canaux sont obstrués ou si les glandes fonctionnent mal, il faut agir plus directement sur ce mécanisme.
Des techniques instrumentales de chauffage et de massage pulsé des paupières sont désormais proposées dans certains cabinets spécialisés. Leur principe est d’assouplir les sécrétions épaissies, de désobstruer les canaux et de relancer, autant que possible, une sécrétion lipidique plus efficace. Ce type de soin peut être intéressant chez les patients très gênés par une sécheresse évaporative confirmée. Les résultats peuvent durer plusieurs mois, parfois au-delà d’un an, mais ils ne sont pas définitifs. Si les glandes sont déjà très atrophiées, l’amélioration est souvent plus limitée. Il s’agit donc d’un entretien fonctionnel, pas d’un traitement miracle.
Dans les situations inflammatoires marquées, l’ophtalmologiste peut aussi proposer des traitements spécifiques adaptés au contexte. La rosacée oculaire, la blépharite chronique ou certaines atteintes immunologiques justifient parfois une stratégie plus encadrée. Là encore, le traitement est personnalisé. Deux patients qui disent simplement avoir les yeux secs peuvent en réalité nécessiter des réponses très différentes. C’est tout l’intérêt d’un bilan sérieux.
La prévention durable mérite autant d’attention que les traitements. Un œil sec se stabilise mieux quand l’on évite de répéter chaque jour les mêmes agressions. Une personne qui passe huit heures sur écran sans pause, dort peu, chauffe fortement son logement l’hiver et porte ses lentilles tard le soir cumule plusieurs facteurs. À l’inverse, quelques ajustements cohérents finissent par réduire la fréquence des poussées. C’est souvent moins spectaculaire qu’un acte technique, mais plus rentable à long terme.
Le rôle des hormones, du terrain général et de l’âge ne doit pas être oublié. Chez la femme après la ménopause, chez les patients atteints de maladies auto-immunes ou chez les personnes âgées, l’entretien doit être plus vigilant. Le film lacrymal devient parfois plus fragile, les glandes moins performantes, et la cornée plus sensible aux variations de l’environnement. Cette fragilité n’interdit pas le confort, mais elle impose plus de méthode.
Prévenir, c’est aussi savoir reconnaître le moment où le simple inconfort devient un vrai signal. Une personne qui commence à renoncer à la lecture, évite de conduire la nuit, enlève ses lentilles de plus en plus tôt ou souffre de fatigue oculaire quotidienne n’a pas à banaliser ses symptômes. Le confort visuel fait partie de la qualité de vie. Il mérite une réponse sérieuse, d’autant que des solutions existent le plus souvent pour réduire la gêne.
En 2026, la compréhension du syndrome de l’œil sec est plus fine qu’il y a vingt ans : on sait mieux distinguer les mécanismes, mieux observer les glandes palpébrales et mieux personnaliser les soins des yeux. Cette évolution change la prise en charge pratique. Elle rappelle surtout une chose simple : un flou passager n’est pas toujours optique, un larmoiement n’exclut pas la sécheresse, et la prévention quotidienne reste la base d’un confort durable.
Le dernier point à retenir est sans doute le plus utile : la sécheresse oculaire se contrôle mieux quand elle est comprise. Observer ses déclencheurs, traiter les paupières si besoin, adapter son environnement et consulter en cas de doute permet souvent d’éviter l’installation d’un cercle vicieux inflammatoire. Ce sont ces détails, répétés avec constance, qui font la différence sur la durée.
Pourquoi des yeux secs peuvent-ils donner une vue floue ?
Parce que le film lacrymal participe directement à la qualité optique de la surface oculaire. Lorsqu’il devient instable, la cornée n’est plus recouverte de façon homogène et l’image perd en netteté. Le flou est souvent fluctuant et peut s’améliorer juste après un clignement.
Les larmes artificielles suffisent-elles toujours pour soulager les yeux secs ?
Non. Elles aident souvent, surtout si elles sont sans conservateur, mais elles ne règlent pas toujours une sécheresse évaporative liée aux glandes de Meibomius. Dans ce cas, l’hygiène des paupières, l’adaptation de l’environnement et parfois des traitements plus ciblés peuvent être nécessaires.
Quand faut-il consulter pour des yeux secs ou une vue floue ?
Il est conseillé de consulter en cas de baisse de vision rapide, douleur, rougeur importante, gêne persistante malgré les gouttes, port de lentilles mal toléré, ou suspicion de conjonctivite, blépharite ou infection. En cas de doute, l’avis d’un professionnel de santé reste indispensable.
Le travail sur écran peut-il vraiment provoquer une sécheresse oculaire ?
Oui, très souvent. Devant un écran, le clignement devient moins fréquent et parfois incomplet, ce qui favorise l’évaporation des larmes. La climatisation, l’air sec et les longues périodes de concentration accentuent encore le phénomène.
Un œil qui pleure peut-il quand même être sec ?
Oui. Un larmoiement réflexe peut apparaître quand la surface oculaire est irritée. Ces larmes de défense sont souvent de moins bonne qualité et ne suffisent pas à stabiliser durablement le film lacrymal. C’est une situation très classique dans la sécheresse oculaire.